prochaine journée paroissiale : 13 octobre 2019

Le signe de l'Assomption

Assomption 2019 Saint Pierre

Homélie pour l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie

Ne nous laissons pas troubler par le texte de l’Apocalypse et son langage qui parfois nous semble tout droit tiré du dernier film fantastique à l’affiche. Si je vous demandais de me décrire votre dernier cauchemar, il n’est pas impossible que nous aboutissions à un langage un peu semblable. Le langage du livre de l’Apocalypse est un style, un genre littéraire qu’il faut parvenir à dépasser pour décrypter le message qui peut aujourd’hui nous interpeller. Ce texte illustre un affrontement des forces de vie et des forces de morts qui remplissent le monde ; et c’est la vie incarnée par Dieu et son Christ qui a le dessus. Cette femme de l’Apocalypse qui enfante pour donner une vie victorieuse sur le mal, bien entendu, les croyants y ont vu la figure de Marie qui met au monde le Sauveur, mais ils ont aussi vu dans cette femme de l’Apocalypse la figure de l’Eglise qui, au temps de l’Apocalypse, traversait les persécutions et l’épreuve du rejet.

Le 15 août rassemble de nombreux catholiques pour cette fête qui met en valeur Marie, mère de Jésus, en fêtant son Assomption. Les fêtes consacrées à Marie sont nombreuses pendant l’année : Nativité de la Vierge, Immaculée-Conception, Marie Mère de Dieu, Annonciation, Visitation, aujourd’hui l’Assomption. Elles sont si nombreuses qu’il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver : que dit-on de Marie exactement à chacune de ces occasions ? Et quand nous fêtons l’Assomption de Marie, de quoi s’agit-il exactement ?

En affirmant l’Assomption de Marie, nous disons simplement que Marie partage déjà le sort du Christ, et qu’elle se trouve en Dieu avec lui «corps et âme» nous dit le texte du dogme de 1950. Couramment, nous pensons que nous sommes sous le regard de Dieu, en nous imaginant dépendant de lui. Eh bien, par Marie, c’est exactement l’inverse qui se produit : c’est Dieu en Jésus qui a voulu être dépendant de l’humanité, Dieu en Jésus s’est fait dépendant des hommes. Avant ces quelque trois années passées au côtés de ses disciples, on oublie bien souvent combien Jésus à été dépendant de Marie et de Joseph pendant de bien plus nombreuses années encore, combien, à leurs côté, pétri de leur amour, de la tendresse que peuvent donner des parents, Jésus a pris toute son épaisseur humaine et s’est découvert en même temps fils de Dieu. Marie est celle qui a porté Dieu. Dieu fait homme à travers elle, grâce à elle. Marie, représente l’humanité qui porte Dieu. Marie est le lieu où se noue notre solidarité humaine avec le Christ. C’est par Marie que Jésus est intégré à l’humanité. Bref, elle est comme le lieu de l’Alliance.

Si Marie a porté Jésus et si Jésus a dépendu d’elle et de sa présence de mère attentive, le jour de l’Assomption de Marie, c’est en quelque sorte Dieu qui le lui rend bien. C’est le sens de cette fête. C’est maintenant Marie qui dépend de Dieu, car son Fils ressuscité l’invite à partager sa Gloire. Et derrière elle, c’est l’humanité tout entière qui est maintenant engagée. Elle nous précède sur le chemin du salut que nous offre son Fils ressuscité. Quand le texte du dogme affirme que Marie a été élevée «corps et âme», c’est pour signifier fortement que c’est toute notre personne (et non pas seulement notre âme, car nous n’existons pas sans notre corps) qui est appelée à renaître avec le Christ dans sa résurrection. Nous le signifions chaque fois que nous proclamons la foi : «résurrection de la chair», cette formule énigmatique mais si séduisante d’avenir et d’espérance.

Cette fête de l’Assomption est une reconnaissance récente par l’Eglise catholique d’une tradition développée pendant des siècles dans la prière et la louange. Ne la confondons pas avec l’Ascension, fête qui ne concerne que le Christ ressuscité. Cette fête de l’Assomption risque d’être associée à la croyance selon laquelle la Vierge n’aurait pas connu la mort, ce qui n’est jamais affirmé dans le texte du dogme. Comment penser que Marie aurait pu être exemptée de ce que le commun des mortels – et le Fils de Dieu lui-même – a traversé, comme nous le dit Paul dans la deuxième lecture, précisément pour nous manifester cette victoire sur la mort. L’Assomption ne signifie pas pour Marie une vie qui n’aurait pas eu de fin, mais l’anticipation de sa résurrection. C’est pourquoi il faut prendre garde à ce que notre dévotion ne soit pas excessive, prendre garde à ne pas donner à Marie une prestance, des titres, une importance qu’elle n’aurait sans doute elle-même jamais pu accepter au regard de l’humilité de sa prière : celle du Magnificat.

Marie exprime sa joie son allégresse non pour elle-même, alors qu’elle a l’honneur de porter le Messie, c’est sa cousine Elisabeth qui le lui rappelle : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi. » Si Marie exprime sa joie, ce n’est donc pas pour elle-même, mais c’est pour cet enfant, déjà reconnu comme le Seigneur par Elisabeth, qu’elle attend et que déjà elle donne au monde pour qu’il «renverse les puissants et élève les humbles». Elle se reconnaît elle-même servante et humble devant la tâche qui lui a été confiée. Dans les évangiles, Marie s’efface toujours devant la mission de Jésus. Elle est toujours discrète, mais des détails nous font penser aussi quelle est toujours bien présente, à la manière d’une mère attentive qui n’entrave pas le chemin de son Fils, mais qui est toujours là dans les moments les plus douloureux et les plus critiques. Voilà peut-être une clé pour nous indiquer la manière dont nous pouvons évoquer Marie quand nous prions Dieu. Car nous ne prions pas Marie à proprement parler mais toujours Dieu Père, Fils et Esprit-saint. Mais en effet, Marie est sans doute bien placée pour porter jusqu’au Père notre prière la plus émerveillée ou la plus douloureuse, comme elle à porté le Christ de ses entrailles jusqu’à la croix.

Nous qui, par notre baptême, portons le Christ, nous qui communions au Christ dans cette Eucharistie, que nous sachions comme Marie exulter de joie pour Celui qui vient habiter nos vies et la féconder. Amen.

 P. Franck Gacogne

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