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Je crois à la résurrection de la chair

Pelerins Emmaus table repasArcabasA quoi ressemblera la vie éternelle ? L’image la moins mauvaise que la Bible ait trouvée est celle d’un rassemblement de tous autour d’une même table (Les pèlerins d'Emmaüs, Arcabas).

Homélie pour la Toussaint

Vous avez entendu la première lettre de Jean : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. » C’est aujourd’hui la fête de la Toussaint, nous faisons mémoire de tous ces témoins de la foi qui nous ont précédés et, la veille du 2 novembre, nous y associons tous les défunts de nos familles. C’est peut-être l’occasion de nous demander, comme le fait saint Jean dans sa lettre, ce que nous devenons après la mort. C’est une question difficile, et elle nous taraude peut-être plus particulièrement ces jours-ci où nous nous rendons au cimetière.

Que dit la foi chrétienne ? Les credo sont brefs. Avec le symbole des Apôtres, nous disons : « je crois à la résurrection de la chair », et avec le symbole de Nicée-Constantinople, nous disons « j’attends la résurrection des morts ». Dans les deux formulations, il est question de résurrection « de la chair » pour l’un, « des morts » pour l’autre. Ces expressions ne se contredisent pas, elles sont différentes pour être complémentaires. Ce sont sans doute les affirmations de la foi les plus difficiles à comprendre. Alors, je vous propose d’en éclaircir un peu les contours.

Quand le Credo parle de « la résurrection de la chair », cela ne veut pas dire que c’est l’enveloppe corporelle par laquelle je suis vu, qui ressuscite. A la mort, notre corps, au sens de ses composantes biologiques, est dépouille : il disparaîtra dans la terre ou en cendre. Voilà pourquoi l’incinération ne contredit pas l’espérance en la résurrection ; il s’agit d’autre chose.

A l’autre opposé, quand l’autre Credo parle de « la résurrection des morts », il ne s’agit pas non plus d’une résurrection de l’âme seulement, contrairement à des réflexions que l’on entend souvent, du genre : « Son corps reste, mais son âme ressuscitera… Prions pour le salut de son âme. » Non ! Ce n’est pas juste théologiquement ! La foi chrétienne ne dit pas cela. Toute mon histoire, tout ce que je suis, je le suis par mon corps. C’est avec mon corps que je pense, que je souffre, que j’aime, que je rencontre des personnes, que je suis reconnu… Je ne suis pas vraiment sûr d’exister sans mon corps. Dans l’Au-delà, Dieu ne nous donne pas une vie éthérée ou vaporeuse. Par la résurrection, il ne fait pas de nous des êtres fantomatiques.

Alors de quoi s’agit-il ? Eh bien, je dirais que c’est le « je », c’est le « moi » qui est appelé à la résurrection. Et « je » ne suis pas qu’un corps. « Je » ne suis pas qu’une âme. Dans l’expression « résurrection de la chair », la « chair » désigne la personne, et je pense que c’est probablement la traduction française que l’on choisirait aujourd’hui s’il fallait re-traduire le credo (ce qui serait souhaitable !). La « chair » désigne la personne dans son unité, son intégrité et son intégralité. C’est la personne comme « un être en capacité relationnel » qui ressuscite, c’est-à-dire la personne qui est en relation par son « esprit » parce qu’elle reste un mystère habité qui me dépasse ; par son « âme » son intériorité, ses sentiments, sa conscience ; et par son « corps » non pas au sens de ses cellules biologiques, mais parce que c’est son corps qui lui donne une identité, c’est son corps qui parle le mieux d’elle. Ces trois dimensions – corps, âme, esprit – font de cette personne un tout indissociable et un être absolument unique.

La promesse de résurrection s’adresse ainsi à la totalité de notre être. Un être, un corps nouveau dont nous sommes incapables d’imaginer la forme qu’il aura, mais c’est la même personne, unique, et dont la Bible nous dit qu’elle lui permettra toujours d’être en relation. Saint Paul propose une image : il parle d’une transformation de notre corps, comme une plante n’est pas identique à la graine d’où elle sort (1 Co 15, 35-44).

Quand l’évangéliste Jean écrit : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14), Jean affirme que Dieu, par Jésus, a pris toute notre condition humaine. L’Evangile ne dit pas qu’il prit un corps et une âme, mais qu’il a pris notre humanité dans sa condition charnelle. C’est cette humanité qui est appelée à la résurrection avec le Christ. Car si nous pouvons parler de résurrection pour chacun d’entre nous, c’est précisément parce que Jésus, en prenant notre humanité, nous a précédés sur ce chemin. La résurrection de Jésus, c’est la victoire de la vie sur la mort… Cette victoire n’est pas l’exception et le privilège d’un seul dont nous ferions mémoire dans cette célébration. Non ! C’est la révélation que ce qui est arrivé à Jésus est pour nous. Saint Irénée écrit que « Jésus-Christ notre Seigneur s’est fait cela même que nous sommes afin de faire de nous cela même qu’il est. » (AH Pr. V). Autrement dit, la résurrection de Jésus est promesse de la nôtre. Elle nous donne l’image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Nous l’avons entendu tout à l’heure dans la lettre de Jean : « Quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. »

Il nous est promis enfin que cette naissance à la vie du Christ ressuscité se continuera éternellement. Il est évidemment impossible d’imaginer à quoi ressemblera la vie éternelle dans l’Au-delà. Mais des artistes n’ont pas manqué d’imagination : les représentations de concerts assurés par un orchestre d’angelots nous font sourire ; la contemplation immobile d’un Dieu immobile est désespérante d’ennui. L’image la moins mauvaise que la Bible ait trouvée est celle d’un repas, d’un festin, d’un rassemblement de tous autour d’une même table. Merci, Seigneur, pour l’Eucharistie qui est prémices pour nous aujourd’hui de ta vie ressuscitée. 

Amen.

P. Franck Gacogne

 

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